Julien Falgas
Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication (Crem, Université de Lorraine).
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- Inventeur de Needle.social
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Julien Falgas@lemmy.worldOPto
France@jlai.lu•« L’affaire Pormanove ne traduit pas un droit inadapté à Internet »Français
8·5 months agoMorceaux choisis :
empêcher l’accès à un contenu en ligne – par la censure ou la vérification de l’âge –, c’est s’attaquer aux symptômes plutôt qu’aux causes. (…) Plutôt que de se focaliser sur la censure, c’est une remise en cause profonde du modèle des plateformes en ligne qu’il est nécessaire d’opérer. Le modèle économique de Kick repose sur une absence quasi totale de modération des contenus, afin de pouvoir mettre en avant l’industrie des jeux d’argent en ligne dont dépend Stake, sa maison mère.
Ce modèle économique est proche de celui des Big Tech, les géants du numérique, qui, eux, dépendent de revenus publicitaires et imposent massivement aux internautes des publicités qu’un pistage massif de leurs activités en ligne a permis de sélectionner pour eux. Dans les deux cas, le moteur est la mise en avant, pour des questions économiques, de contenus toxiques.
Cette centralisation des échanges entre les mains de quelques acteurs a des conséquences graves pour nos démocraties, surtout lorsque ces intérêts économiques sont mis au service de projets politiques. C’est, par exemple, le cas du réseau X, anciennement Twitter, instrumentalisé par son patron, Elon Musk, pour promouvoir l’extrême droite, alors que TikTok sert de plateforme d’ingérence électorale russe en Roumanie. Ce genre d’opérations est soutenu par des algorithmes qui dépendent de la collecte illicite et massive de données personnelles. (…) Déconstruire la centralisation des échanges en ligne est fondamental, pas parce que cela empêcherait tout drame de se produire (croire qu’il serait possible de le faire est illusoire et dangereux), mais parce que cela limiterait la promotion et la viralité de contenus toxiques.
L’affaire Pormanove ne traduit pas un droit inadapté à Internet, mais plutôt l’incapacité des pouvoirs publics à mener des politiques de long terme qui traiteraient les problèmes à la racine. Ces outils, comme l’augmentation des moyens de la justice, l’ambition d’appliquer réellement le droit ou encore la décentralisation des acteurs du numérique, sont délaissés au profit de décisions court-termistes qui ne font que cacher la poussière sous le tapis.
Julien Falgas@lemmy.worldto
France@jlai.lu•La cellule investigation de Radio France dévoile le lobbying des entreprises du numérique pour faire rentrer les écrans à l’école. Français
2·7 months agoLes exemples sont édifiants, mais je déplore comme toi le ton sensationnaliste du propos.
L’enquête ne dit pas assez que la recherche publique est muselée par le financement par projets, l’exigence de cofinancements privés, à produire de la “PI” transférable. Les chercheurs désireux d’expérimenter sont contraints de se conformer aux appels orientés pour nourrir la “transition digitale” ou la “révolution de l’IA”.
Que certains adhèrent à cette idéologie n’a rien de surprenant. Les jeter en pâture dans des enquêtes-choc n’y changera rien et ne fait que saper la crédibilité de la recherche publique.
Nous avons besoin d’ingénieurs (dev, UX/UI, data) dans les labos de SHS, de science ouverte, de transfert vers l’ESS. Bref, d’une politique de recherche qui surmonte l’impensé numérique.
Au lieu de quoi, l’enquête diabolise “les écrans” et “les réseaux sociaux”, comme si leur forme actuelle et dominante allait de soi. Elle ne dénonce pas le dévoiement des potentiels du numérique par des firmes accrocs à leur modèle économique toxique. C’est pourtant à ce modèle qu’il nous faut nous attaquer. Nous ne sommes que les fumeurs passifs de la dépendance des BigTech à la publicité ciblée et à nos données personnelles.
Un autre numérique est possible. Le problème, c’est que nos politiques et nos journalistes sont incapables de l’imaginer. Ils s’ingénient à prétendre défendre les jeunes, alors qu’eux-même sont addicts à la pire des plateformes antisociale : X.
Julien Falgas@lemmy.worldOPto
Europe@jlai.lu•David Colon, historien : « La guerre cognitive est possible parce qu’un nombre considérable d’esprits sont devenus accessibles »Français
2·9 months agoDavid Colon constate que la stratégie d’autorégulation européenne échoue à nous protéger des ingérences rendues possibles par les plateformes des Big Tech. Selon lui :
« il faut tenter de rétablir un marché de l’information numérique libre et non faussé, en créant, par exemple, un média social européen à but non lucratif qui ne repose pas sur les dispositifs permettant d’exposer nos esprits à la guerre cognitive. »
Face aux grandes plateformes qui instaurent les conditions sans précédent pour exploiter nos biais cognitifs, nous n’avons pas besoin d’un réseau social calqué sur les dispositifs développés par les big tech pour capter l’attention.
Les grandes plateformes n’ont jamais trouvé d’autre modèle de rentabilité que celui de l’attention. Pour leur échapper, nous devons changer de paradigme et cesser d’attendre la startup providentielle ou le “Elon Musk européen”.
Et si la réponse venait d’initiatives coopératives, fondées sur l’alliance entre la société civile et la recherche publique ? Et si on créait un média social taillé “by design” dans l’intérêt collectif ?












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